De Stocking Island, 20 janvier 2019, à Black Point Settlement, 4 février 2019

Une période de 2 semaines qui commença par quelques fronts, donc beaucoup de vent, et qui se termine par les fêtes du 5F (First Friday of February Little Farmers’ Festival) et le Super Bowl au Scorpio de Black Point Settlement

Nous avons débuté la période à l’ancrage Monument de Stocking Island avec quelques jours de vents forts. Mais qu’à cela ne tienne nous nous en allons tout de même à terre pour prendre de longues marches et des sessions de yoga sur la plage et socialiser avec des amis. Nous y sommes restés plus d’une semaine ce qui est assez inhabituel pour nous qui par le passé n’avions pas tellement apprécié Georgetown. Le choix de l’ancrage a certainement joué un grand rôle ainsi que les les bons conseils et l’expérience de nos amis.

Nous avons amorcé notre remontée des Exumas lundi pour dans un premier temps faire un arrêt à Lee Stocking, question de laisser passer 2 fronts dont un qui nous a apporté des rafales de 43 noeuds (bien contente que ce fût de courte durée, car ce n’est jamais agréable). Ensuite, petit arrêt à Rudder Cay, question d’aller dire bonjour à madame la sirène et son piano qui est en fait une œuvre en acier inoxydable submergée. David Copperfield à qui appartient le luxueux complexe sur l’île voisine, Musha Cay, a commandé et fait installer cette sculpture pour amuser ses invités. https://www.atlasobscura.com/places/the-musician-bahamas.

Plusieurs voiliers quittent ensemble l’ancrage de Rudder Cay pour se rendre à Little Farmers Cay pour le rendez-vous annuel du First Friday of February Little Farmers Festival ou plus simplement le 5F. Le 5F consiste en une série de régates de sloops bahaméens. Plusieurs équipages locaux y prennent part au cours de la fin de semaine; cette année le bateau numéro 44 remporta les honneurs.

Encore cette année, notre voilier était ancré tout près d’un marqueur de la régate et nous avons eu droit au spectacle des revirements de bords spectaculaires des équipages qui font contre-poids sur de longues planches afin de maintenir leurs embarcations en équilibre.

Le 5F c’est aussi une belle occasion de rencontre et de festivités pour les plaisanciers. Cette année, nos amis Claude et Marie de la Toison d’or ont organisé un excellent souper au petit restaurant Ocean Cabin. Une soixantaine de plaisanciers du Québec, ainsi que nous, la minorité « Acadienno-Ontarienne », avaient réservé une place pour un repas typiquement bahaméen incluant bien entendu langoustes et poissons. C’était délicieux et on s’y est bien amusés, surtout que Terry, le propriétaire du restaurant, nous a fait la surprise d’un Junkanoo. Un Junkanoo est une parade de rue au son d’une musique endiablée, de gens déguisés de costumes très colorés. C’est très festif comme atmosphère.

Comme me nous aimons bien le snorkeling, nous sommes allez patauger les récifs de Little Farmers Cay. Pas de langoustes mais un beau gros crabe araignée bien plein et bien bon. J’en ai fait une trempette que nous avons partagée avec nos amis de Eaux vives, Sous le vent et Toison d’or lors d’un 5 à 7.

Pour terminer, nous nous sommes déplacé dimanche matin vers Black Point Settlement question de faire la lessive à la « plus belle buanderie des Bahamas » et d’aller écouter le Super Bowl au Scorpio en compagnie de d’autres plaisanciers.

Nos amis Suzanne et Pierre De Gagné arrivent ce mercredi à Staniel Cay. Avec eux nous resterons dans la partie centrale des Exumas où il y a beaucoup à faire et à visiter. Le snorkeling est définitivement à l’agenda pour les 2 prochaines semaines. On a bien hâte de les revoir.

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De Lee Stocking Island (7 janvier 2019) à Stocking Island (20 janvier 2019)

Nous venons de passer deux semaines formidable. Nous avons eu de magnifique conditions de voile, découvert une nouvelle région des Bahamas et attrapé nos premières langoustes de l’année.

À notre dernier blog, nous venions de rejoindre Toison d’or et Zulu à Lee Stocking Island pour descendre dans les Jumentos /Ragged Islands. Ce chapelet d’îles et d’îlots est situé au sud-ouest des Exumas. La distance à naviguer entre Lee Stocking et Ragged Island est d’environ 100 mn. Cet endroit est très isolé, sans services d’urgence. Faut y aller par une fenêtre météo favorable, préparé et accompagné.

Le départ se fait tôt le matin afin de profiter de la marée montante pour passer le Pudding Cut et de naviguer sur les eaux turquoise du banc. Nous mettrons 2 jours à nous rendre dans les Ragged Islands. En passant, j’ai appris qu’il faut prononcer Rag-ged et non Ragg’d. Une chance que je n’avais pas parié quelque chose là-dessus! Donc une fois le passage Pudding Cut derrière nous, hop, les 3 bateaux lèvent les voiles et ferment les moteurs. Les conditions sont parfaites, nous filons à vive allure sur le banc, le capitaine est heureux! Les 55 milles nautiques pour nous rendre à Flamenco Island dans les Jumentos qui est notre première étape se fait rapidement. Il en va de même pour la deuxième journée vers Hog Cay où nous jetons l’ancre dans les Ragged Islands. À l’extrémité sud-ouest du chapelet d’îles et d’îlots, une des îles se nomme Ragged Island, par contre l’ensemble est identifié comme Ragged Islands. On est ici à un point de chute pour la traversée d’environ 62 mn vers Cuba et vice-versa. On peut d’ailleurs apercevoir un navire de surveillance Bahaméen prêt à intercepter quiconque tenterait d’entrer au illégalement au pays.

À notre arrivé à Hog Cay, seulement 3 autres bateaux sont ancrés. Devant nous une magnifique plage avec une hutte. On apprend que cette hutte est nommée avec un brin d’humour le Hog Cay Yacht Club and Marina.  

On apprend aussi que cette hutte est une construction collaborative des plaisanciers et des habitants de Ragged Island. Les plaisanciers s’y donnent rendez-vous pour socialiser et les gens de Ragged Island l’utilisent à l’occasion pour des événements. Les plaisanciers qui visitent la hutte, laissent une oeuvre d’art avec des objets trouvés sur les plages. Un bricolage/oeuvre d’art « made by » On y va marque fièrement notre passage.

En guise de bienvenue, les hommes des 3 bateaux déjà ancrés sont venus porter deux des belles langoustes qu’ils venaient de prendre à nos amis de Toison d’or qui à leur tour les ont partagées avec Zulu et nous. Décidément, la visite aux Ragged part sur des chapeaux de roues ou plutôt sur un rouleau de vague!

Nous nous rendons au petit village de Duncan Town sur Ragged Island. Ce village s’est malheureusement retrouvé dans le sillage d’Irma. Nous constatons les ravages et la résilience des habitants qui tiennent à vivre chez eux malgré le chaos qui est omniprésent et ce même après 18 mois. On apprend que des 127 habitants recensés en 2000, la plaque commémorative au village renfermant une capsule temporelle en faisant foi, seulement une soixantaine serait de retour suite à l’évacuation d’urgence de l’île. Je me demande si en 2050, alors que la capsule temporelle, sera ouverte s’il restera encore des habitants sur l’île.

Le poste de police, la clinique médicale, le bureau administratif ainsi que l’école sont lourdement endommagés suite à Irma. Il n’y a pas d’enfants sur l’île, ils sont à l’école à Nassau. Des habitants que nous avons croisés; un optimiste bâtissait un petit hôtel de quatre chambres, avis aux intéressés disponible dans les prochains mois sur Airbnb; et un couple qui apprêtait des conchs pour l’exportation vers la Chine. Odeur épouvantable… et je tiens à vous prévenir que même si la photo des conchs séchants sur la corde est magifique, faut pas zoomer!  

Parlant de conchs, selon un article récent du National Geographic, ce gastéropode serait en voie d’extinction aux Bahamas pour cause de surpêche. https://www.nationalgeographic.com/animals/2019/01/conch-decline-overfishing-the-bahamas/

Le triste état de plusieurs plagesLors de mon dernier blog, j’avais mentionné que le plage de Stocking Island était magnifique et incroyablement propre. Il n’en est malheureusement pas de même pour celles des Ragged Islands qui font face à Cuba. Des sections de plages sont couvertes de débris de plastique. Ce ne sont ni des pailles ni des sacs en plastique, mais des chaussures, tubes de chlore, bouchons de bouteilles, jouets, etc…  C’est tellement désolant à voir.

Afin de profiter de vents favorables, nous quittons à mon plus grand regret pour remonter vers les Exumas. J’y serais bien restée quelques jours de plus mais fallait profiter d’un autre deux jours de conditions de voile exceptionnelle pour remonter. Nous jetons l’ancre à Rocky Point à côté du passage Pudding Cut que nous traverserons le lendemain à la faveur d’une marée montante. Comme nous n’avons rien pris lors de notre descente dans les Ragged sauf des bip bip de barracuda, mon capitaine et moi avions le goût d’aller taquiner la langouste! Coup de chance, mon capitaine en repère trois sous un gros rocher. Il en attrape une et moi deux! C’est la première fois que c’est moi qui en attrape et j’en suis bien fière.

Deux jours plus tard à Lee Stocking, coup de chance encore, mon capitaine en trouve sous un gros corail (grosse patate). Il en attrape deux, dont une est notre record pour la grosseur. Encore un beau sentiment de fierté. C’est assez plaisant de partir à la chasse aux langoustes. En plus de nous permettre de bons repas bien frais et goûteux, ces sorties ont l’avantage de nous faire passer un bel après-midi actif. Donc assez gagnant-gagnant.

Nous terminons ce deux semaines à Stocking Island, nous y passerons environ une semaine à 10 jours, le temps de laisser passer deux fronts météo, de faire de petits projets dans le bateau, de profiter des activités organisées dont l’aqua forme et le yoga sur la plage. Sans oublier les marches sur la magnifique plage de Stocking Island.

L’amirale Elise

De Pine Island, FL, le 9 déc 2018 à Black Point Settlement, BA, le 24 déc 2018

On y va navigue maintenant en eaux Bahaméennes. Je vous le confirme, l’eau des Bahamas est toujours aussi belle avec ses teintes qui vont du bleu saphir en eau profonde au turquoise en eau peu profonde. Après s’être fait geler dans l’intracostale, nous goûtons enfin au plaisir de vie de bateau bien au chaud aux Bahamas.

Notre passage de l’intracostale, de la marina de Green Cove Springs à West Palm Beach, aura duré 6 jours. Nous avons eu froid les premiers jours et avions hâte à une météo plus clémente. Nous avons dû faire ces 6 jours sans arrêter à quai. La raison étant que n’étions pas éligible à un « Cruising permit » et avons dû demander un « Right to proceed ». Notre « Cruising permit » de l’an dernier est venu à échéance alors que On y va était remisée en Floride pour l’été. Aux ÉU, pour obtenir un « Cruising permit », le bateau doit être à l’extérieur du pays 15 jours, ce qui n’était pas notre cas. Alors, pour légaliser notre présence en eaux américaines, Custom and Border Protection (CBP) nous donne la permission de se rendre d’un point A à un point B où nous devons impérativement nous y rapporter en personne. Le hic du  » Right to proceed » est qu’en chemin nous n’avons pas le loisir de jouer aux touristes et d’aller dépenser nos misérable dollars canadien sans entrer dans un autre dédale de visites à CBP, de la paperasse sans oublier les questions qui en découlent. Non merci, nous continuons notre route!

Nous sommes donc arrivés à West Palm Beach le jeudi 6 décembre, nos bons amis Guy et Guylaine de Entomo y étaient déjà depuis plus d’une semaine à attendre une fenêtre météo qui ne s’est pas pointée. C’est une joie pour nous de les retrouver et encore une fois de faire la traversée avec eux. Un autre bateau Voil’Actée, arrive le samedi juste à temps pour la fenêtre météo qui s’ouvre la soirée même.

Les trois voiliers quittent donc vers 23h via l’inlet de Lake Worth (West Palm Beach) pour une traversée d’environ 14 heures qui se veut un peu houleuse durant la période où nous nous retrouvons dans le gulf stream. Les formalités d’entrée à Port Lucaya ont été rapide. Nous apprécions un repos bien mérité de 2 jours à la marina Grand Bahamas Yacht Club.

La traversée jusqu’au côté ouest des Berry Islands a été des plus fructueuses, nous avons attrapé un petit thon rouge et Entomo une dorade. Le lendemain en se repositionnant du côté est, c’est au tour de Porquerolles, un autre voilier québecois qui fait le même trajet que nous, de ramener un vivaneau. Trois magnifiques prises partagées au cours de deux succulents repas. Quel régal!

Nous nous retrouvons donc du côté est des Iles Berry à attendre bien à l’abri la fin du passage d’un front chaud qui nous apporte des vents violents de l’ouest sud-ouest.

Le capitaine joue de malchance avec les bobos, il s’échappe un panneau de cale sur un orteil. Il va devoir dans les prochains jours soigner sa blessure et se garder le pied bien au sec. Pas pratique quand on doit se déplacer en dinghy et accoster sur une plage. Les sacs de provisions du Walmart ont maintenant une nouvelle utilité!

Samedi nous apporte une accalmie et nous en profitons pour continuer notre descente vers les Exumas. Juste avant d’arriver à notre ancrage du côté ouest de l’île New Providence, Entomo attrape un autre mahi-mahi mesurant 46 pouces. Il y a pas juste le poisson qui est vert, mon capitaine l’est aussi mais de jalousie. Il veut lui aussi son mahi-mahi!

Je vous écris ces lignes alors que nous filons, non pas sur la neige blanche en traîneau, mais à voile sur les eaux turquoise des Exumas. Nous avons un magnifique vent de petit largue qui nous pousse vers notre destination de Noël soit Black Point Settlement où d’autres amis plaisanciers se réuniront pour Noël. Un autre petit thon, un thonine,  est venu mordre à l’ameçon, c’est notre cadeau de Noël.

L’équipage de On y va vous embrasse et vous souhaite un joyeux temps des fêtes.

L’amiral Elise

Et c’est reparti (du 22 nov 2018, Ottawa, ON au 8 déc 2018, Pine Island, FL)

Après 6 mois et demi de pause de blogue ainsi que de vie de bateau, nous sommes de retour. Notre plan initial était de retourner dans le sud après le temps des fêtes mais avec l’automne particulièrement froid à Ottawa, nous avons décidé de repartir plus tôt.

Donc, le 22 nov par un -27 incluant le facteur éolien et les narines qui collent, nous avons pris le chemin du sud. Au fur et à mesure que nous progressons vers la Floride, nous avons un malin plaisir à relever la température extérieure qui grimpe lentement mais sûrement!

À Richmond, Virginie, où nous nous arrêtons pour la nuit, nous trouvons un petit restaurant ouvert malgré Thanksgiving. Avec surprise nous nous retrouvons dans un resto afro-américain où de la cuisine maison est servie. Comme c’est jour de fête, la formule est un buffet et plusieurs membres de cette communauté sont présents. Les gens sont sympathiques. Cette atmosphère de fête nous donne un avant goût de ce qui nous attend aux Bahamas.

Nous arrivons le 24 novembre à la marina au nord de la Floride où nous avons laissé On y va.  Nos bons amis Guy et Guylaine de Entomo y sont, c’est très agréable de les revoir ainsi que Claude et Marie de la Toison d’or qui sont passés récupérer une voile.  Nous découvrons avec soulagement que On y va a bien passé l’été.  Aucune surprise à l’intérieur, le produit Home Zone a très bien fait son travail.  Pour l’extérieur, un bon nettoyage s’impose.   Après 10 journées intense à tout remettre à l’ordre et nous approvisionner, nous sommes enfin à l’eau.

Mais, oups, le capitaine a besoin d’attention médicale urgente, une petite bosse si négligée pourrait lui causer de sérieux problème.  Je vous rassure tout de suite tout est bien et le capitaine a reçu les soins nécessaires. Mais la ronde des assurances médicales voyage, ça ce n’est pas rien… c’est quelque chose!   À vous donner un problème de haute pression sanguine! Pour résumer, selon les assurances le cas doit être urgent et le traitement nécessaire doit être reçu à l’intérieur de quelques jours.  Si le spécialiste n’est pas disponible immédiatement on doit retourner au Canada… à nos frais!  Nous avons été chanceux d’avoir un rendez-vous avec le spécialiste très rapidement.

On est dans un monde médical différent ici. La première question posée par les cabinets de médecins et de savoir si nous avons une couverture d’assurance, et si oui laquelle. Mais revenons-en à nos assurances, elles nous ont été d’aucune aide pour dénicher un spécialiste et de plus tardait à nous retourner notre appel afin de nous prodiguer conseils concernant les prochaines étapes alors que dans notre contrat il y a une notion d’urgence. Morale de l’histoire, c’est rapide de signer un contrat mais quand vient le temps de nous donner le service auquel nous avons souscrit, c’est une autre histoire.

Mais tout ceci est derrière nous.  Hier matin, le samedi 8 décembre, nous avons enfin quitter la Marina de Green Cove Springs, qui en passant a été très accommodante de notre départ retardé.   Nous prévoyions arriver à West Palm Beach le 13 décembre et y attendre la fenêtre météo pour traverser aux Bahamas. L’ancre a été jetée vers 18h30 à Pine Island, la nuit venait de tomber.

L’amirale Elise

De Ottawa à Ottawa

Du 16 août 2016 au 14 mai 2018

En résumé: DÉJA MON DERNIER BLOGUE! MERCI à tous ceux qui ont suivi mon aventure. Le jour 1 de mon départ, le 17 août 2016. Deux ans déjà que je gambade sur les eaux! Mon capitaine et son amiral m’ont finalement mise en cale sèche avant qu’ils ne reviennent me rejoindre l’hiver prochain. Ils m’ont bichonné et j’ai rajeuni de dix ans: je me suis fait vinaigrer,  anti-oxyder, cirer, huiler, frotter, laver, graisser, vider, remplir, protéger des rayons UV, gazer, dégeler, mettre sous vide, dé-saler, etc. Je pars donc me coucher comme un ours en Floride alors que je m’ « éténise » en attente de mon capitaine et de son amiral. Il est temps maintenant que je leur laisse la plume.

Comment résumer en quelques mots tout ce que nous avons vécu au cours des deux dernières années sur On y va? Il y a tant de souvenirs!

Il y a eu tout d’abord le bonheur de nos premiers jours à la retraite.  Ensuite, bien entendu, les préparatifs pour le grand départ, lesquels ont duré quelques mois. 

Il y a aussi toutes les nouvelles amitiés qui se sont nouées et toutes les nouvelles rencontres que nous avons fait au gré des vents; il y a eu des expériences de voile inoubliables;  les vents forts comme les vents doux;  les mers rugissantes comme les mers d’huile; les couchers de soleil; la lune et les étoiles; les quelques levées du soleil; les bonnes bouffes, les apéros et les bons vins; les amis de notre club nautique Trident qui sont venus nous rejoindre et partager notre vie de nomade; la pêche en apnée et à la ligne qui nous récompensèrent en langoustes, poissons et crustacées; les petites épiceries au milieu de nulle part où l’on s’affole comme un enfant dans un magasin de bonbons à la vue de bons légumes et de fruits; les spectacles à Broadway et la vue imprenable sur la Grosse Pomme.  Sans oublier tous nos coups de coeur le long de la côte Atlantique:  Annapolis, Cape Lookout, Oriental, Charleston, Carolina Beach et surtout St Augustine.    Bien entendu il y a eu les Bahamas avec ses eaux turquoise et cristallines qui se reflètent sur les barres de flèche et le radar, ses centaines d’îles, ses plages magnifiques, les Bahaméens et toute la communauté des plaisanciers du Nord.      

Il y a aussi les frousses et les périodes parfois plus difficiles: les vents plus forts que prévus et qui nous forcent à rentrer à bon port au milieu de la nuit;  les pluies diluviennes en attendant une fenêtre météo pour GeorgeTown; le requin qui nous fit sortir de l’eau subito presto; les coups de vent qui nous tiennent en alerte toute une nuit; les deux fois où On y va toucha le fond dans l’Intracoastal; et les jours de forts vents où l’on doit rester à l’ancre sans bouger.

Il y a aussi les parties de Scrabble où je gagne où laisse Elise gagner (je vérifie ici si elle lit bien ce que j’écris!); les petites douceurs de la nuit; la guitare qui est la seule autre présence féminine tolérée dans notre cabine; les soupers avec les amis avec qui les sujets de discussion ne manquent pas de tourner autour de nos rêves de voyages, les plans de navigation, la météo, le rangement du navire, la capacité des batteries et des sources d’énergies; les séries télé ou les films que l’on regarde parfois pour finir une soirée;  les prises d’angle avec le sextant pour jouer au navigateur; la musique qui agrémente nos journées; les « FaceTime » avec la famille et les amis; les recettes qu’il fait bon préparer.

Il y a les journaux du matin; les nouvelles sur « FaceBook »; la vaisselle,  le lavage, l’entretien; le diesel, l’eau, la bouffe et le vin qu’il faut aller chercher de temps à autre; l’électricité et les batteries dont il faut prendre soin; la vérification de la météo et les plans de navigation; et la préparation de ce blogue une fois la semaine.

Pas facile de résumer en peu de mots un mode de vie lent mais combien intense s’étalant sur deux ans!

Merci à vous tous qui avez au cours des deux dernières années suivi ce blogue de façon assidue ou épisodique. Nous allons maintenant mettre un terme à ce chapitre de notre vie avant que le prochain ne s’ouvre.

Nous vous souhaitons à tous et toutes de vivre lentement…..et intensément!

Un mot particulier à nos 10 petits enfants. Ce blogue a été écrit en particulier en pensant à vous. Quand vous aurez l’âge, vous pourrez tous à votre tour nous relire et savoir un peu mieux qui étaient vos grands-parents, voyager de cette manière un peu avec nous, apprendre un peu plus sur le monde qui vous entoure et, qui sait, ainsi vous donner aussi le goût de l’aventure.

Un gros bisou à tous, on rentre à la maison!

Elise et Ghislain

De Marsh Harbour à Titusville, Floride

Du 17 au 22 avril 2018

En résumé: Visite d’un bidonville. Grande traversée et retour en Floride. Début de préparation de On y va en vue de son « éténisage ».

Juste avant mon départ pour la Floride, Patrice et mon capitaine sont partis en direction d’un bidonville juste en marge de Marsh Harbour. Le lieu abrite une communauté haïtienne qui y a trouvé refuge il y a un certain temps.  Pour y pénétrer, nos comparses ont choisi de se diriger vers une église Adventiste du septième jour sur la rue principale (et derrière laquelle on peut entrevoir l’enclave haïtienne) afin d’y laisser des jus de fruit pour les enfants.  Le pasteur de cette église est venu les y rejoindre, un haïtien autrefois catholique qui s’est converti à cette religion une fois qu’il a connu « la vérité » (Les adventistes sont une excroissance de la religion baptiste. Ils prêchent que le monde fut créé  en 7 jours par Dieu et mettent l’emphase sur le retour imminent du Christ dans la gloire). Il a complété une maîtrise en théologie en Jamaïque et souhaite poursuivre sa formation au doctorat. Ce grand homme porte des souliers bien cirés, roule en Lexus, et agit dit-il à titre de leader spirituel et de leader tout court pour sa communauté. Il nous accueille chaleureusement et accepte de nous faire faire une visite du bidonville juste à l’arrière de son église.

Les lieux détonnent complètement avec le luxe des propriétés cossues de plusieurs millions de dollars sur les nombreuses îles aux environs de Marsh Harbour. Les conditions de vie sont ici celles du tiers monde: petites maisons raboutées tant bien que mal collées l’une sur l’autre et où on s’entasse; toits de tôle; petits chemins boueux et sinueux  entre les habitations.  La misère aime souvent s’abattre sur la misère: deux incendies ont récemment ravagé des pans entiers de cette enclave et l’on peut encore voir les restes calcinés de ces évènements. Selon certains, les raccordements électriques raboutés et surchargés pourraient être en cause. Après que des dons furent donnés à deux dames de sa congrégation (gloire à Dieu!, dit le pasteur) dont les maisons ont brûlé, le pasteur ré-accompagne nos comparses près de son église. Un petite incursion dans un monde parallèle aux plaisanciers de voile où l’espoir d’une vie meilleure, aux États-Unis ou encore mieux au ciel, est la seule consolation.

Toute bonne chose doit avoir une fin. Il faut que je revienne sur la Floride, où mon équipage désire me laisser durant l’été. Une fenêtre météo facile s’annonce.  Je pars de Treasure Cay pour me retrouver à Fox Town, tout au bout de l’île Great Abaco, avant de faire un long trajet de plus de 240 milles nautiques (mon plus long trajet jusqu’ici) sur une mer d’huile qui me fit traverser le Little Bahamas Bank, le courant du Golf Stream, le canal de Cap Canaveral, et enfin une partie de l’Intracoastal pour enfin trouver refuge pour une semaine à une marina à Titusville. Chemin faisant, mon équipage a jeté deux lignes à l’eau pour ne prendre qu’une demi douzaine de barracudas qu’ils ont dû rejeter à l’eau, ciguatera oblige!

Ici, à Titusville, mon équipage me refait une beauté. À coup de frottement à l’antioxidant, mon équipage arrive à décrotter tout le sel que j’ai accumulé durant la dernière année dans mon environnement salé. Je me retrouve peu à peu toute jolie, comme lors de mon départ.

 

Patrice PHarand (PH, dit-il à mon capitaine) repartira en début de semaine avec son copain Bertrand sur une WestPHallia (PH aussi dans ce cas) vers le Canada, après avoir donné un bon coup de main à mon équipage. Notre ami PHilosophe  (PH encore une fois) nous quitte pour un printemps qu’il espère radieux au Canada.

Signée par On y va
Le 22 avril 2018

Le délire et hommage de notre ami PHislosophe (PH encore une fois Karine):

Lettre ouverte à cette chère On y va et à son équipage

Oh! Quelle joie ce fut de te retrouver à nouveau dans ce paysage idyllique des Abacos.

Nos retrouvailles furent magiques une autre fois. Tu avais tout planifié et envoyé bébé On y va au quai avec l’amiral Elise et le capitaine Ghislain. L’apéro étant au frais dans tes entrailles, rien n’ayant été laissé au hasard.

Yes! Au fil des jours j’ai vu que tu avais du cœur au ventre et que le vent et toi êtes de vrais complices. Un peu comme Pénélope mon fabuleux Bénéteau 390, ma vrai maîtresse, tu fais partie de la catégorie des grands voiliers de ce monde.

Vents et marées ne te font pas peur. Ton équipage a été bien dompté et tu peux à tout moment compter sur eux pour que tes atours ne soient pas abîmés ni altérés au fil des saisons. Tu connais tous les recoins des Bahamas et tu fais profiter en grande complicité avec ton capitaine et ton amiral, à mon humble personne de ces fabuleux paysages et ces gens qui habitent ces lieux.

À la prochaine grande navigatrice! Un grand merci à Elise et Ghislain ce couple unique qu’il fait toujours bon de côtoyer. Je suis privilégié de les avoir comme amis, des gens d’une grande valeur tant intellectuelle qu’humaine.

 

 

De Hope Town à Marsh Harbour

Du 9 au 16 avril

En résumé: Ceci est probablement le dernier blogue avant le retour vers la Floride. Mon capitaine, avec l’aide de son ami Patrice, arrive à me positionner sur le globe avec son sextant. L’île Great Abaco dévoile un peu plus de ses secrets.

La fin du voyage arrive à grands pas. Il y a aura un longue et belle fenêtre météo débutant mardi prochain qui me permettra de faire le passage du « Whale Cut » au nord de Marsh Harbour et d’entamer mon départ vers la Floride, en direction vraisemblablement de Cape Canaveral, que je devrais atteindre si les conditions météo se maintiennent jeudi prochain.  Le plan de navigation inclura probablement un arrêt aux îlots Allans/Pensacola Cay ainsi qu’à Great Sale Cay, sur le grand banc des Bahamas, avant de faire la traversée vers la Floride. Mon capitaine vérifie les conditions météo plusieurs fois par jour pour s’assurer que ce plan tient toujours.

Parlant de mon capitaine, ce dernier, après plusieurs tentatives de lecture des angles de Vénus, Sirius et du soleil avec l’horizon marin, arrive maintenant à me positionner sur le globe avec une certaine précision avec son sextant. Cet instrument permet de mesurer l’angle que forme un astre avec l’horizon marin, ce qui permet de tracer  après certains calculs une courbe unique sur la surface terrestre grâce à des tableaux qui sont publiés depuis la fin du XVIII ième siècle par les Britanniques, l’Almanac nautique. Le degré de précision de la position calculée dépend entièrement de la qualité de la mesure prise de l’angle de l’astre par rapport à l’horizon marin. Un degré de plus ou de moins, et hop, on se retrouve à soixante milles nautiques de notre vraie position. Un écart d’une seconde (un soixantième d’une minute) équivaut à un mille nautique. Les meilleurs arrivent à se positionner au sextant à l’intérieur d’une fourchette de moins d’un mille nautique.  Quelques jours d’efforts furent nécessaires à mon capitaine pour apprendre à ajuster les miroirs du sextant, de revoir les formules qui permettent d’utiliser l’angle mesuré et les données de l’Almanac, et de créer un fichier Excel pour automatiser le tout.  Il y est presque puisque les dernière mesures sont à 1,5 milles nautiques de ma position exacte! Bon, un nouveau hobby pour occuper mon capitaine à la brunante!

Après s’être passé de voiture pendant presque trois mois, mon équipage décide de partir en randonnée avec Patrice sur l’île Great Abaco. Celle-ci fait bien une centaine de milles en tout. Une route de bonne qualité (sol de corail, pas de traffic, pas de camion lourd) permet de la parcourir sur toute sa longueur. Somme toute, hors de Marsh Harbour, de Treasure Cay, et de Coopers Town, l’île est pratiquement déserte.

Elle abrite toutefois une végétation tout à fait particulière qui s’est acclimatée aux feux de forêt, lesquels sont nombreux dans le climat semi-aride des Bahamas. La couche d’humus extrêmement mince au-dessus du calcaire corallien permet à deux types de végétation de pousser sur une bonne partie de l’île: de petits feuillages et arbustes au sol et des grands pins au tronc effilé. La végétation au sol est de manière périodique brûlée par les feux des forêts (mon équipage a pu en observer quelques-uns au cours des dernières semaines) alors que les grands pins, eux, survivent. En effet, l’écorce des grands pins, qui à l’évidence brunissent sous l’impact des feux, réussissent tout de même à protéger suffisamment la plupart des arbres pour que ces derniers puissent survivre. Tout en haut de leur tronc, quelques branches éparses préservées des flammes restent vertes et captent les rayons du soleil. Après un feu, les nutriments laissés au sol permettent à la végétation au sol de se restaurer pour un nouveau cycle.

Le petit tour en voiture de mes comparses leur aura permis d’observer pour la première fois deux bidonvilles, que l’on nomme ici « Shanty Town ».  Sans eau courante, avec de l’électricité trafiquée et des carcasses d’automobile un peu partout, ses lieux détonnent avec la richesse que l’on retrouve ailleurs. Ils abritent des communautés haïtiennes qui quittent la grande misère de leur pays avec l’espoir de trouver une plus petite misère ailleurs, ou une nouvelle citoyenneté pour leurs enfants nés dans le pays où ils se trouvent. Ces bidonvilles, nombreux au Bahamas, sont connus et même inventoriés par les autorités. L’immigration haïtienne, majoritairement sans passer par les canaux officiels, n’a pas été bien intégrée ici, contrairement au Canada. Il existe une disparité énorme entre les indicateurs de développement socio-économique entre les haïtiens d’origine et les autres bahaméens (https://facebookapp.monroecollege.edu/uploadedFiles/_Site_Assets/PDF/The%20stigma%20of%20being%20Haitian%20in%20The%20Bahamas.pdf).   Il s’agit d’un enjeu politique majeur au Bahamas et les solutions trumpiennes à cet enjeu réel semblent prendre ici du galon.  Aux Abacos où je me trouve, la communauté haïtienne représente environ 30% de la population selon les chiffres officiels (le pourcentage le plus élevé dans ce pays), mais elle semble vivre en marge de la société. Au Bahamas comme ailleurs, le monde du Nord cherche encore maladroitement une réponse rationnelle et compatissante qui concilie à la fois le droit des états à contrôler leurs frontières avec celui de familles bien réelles qui se sont incrustées avec leurs enfants dans un pays sans y être officiellement invitées.

Signée par On y va
le 15 avril 2018