Et c’est reparti (du 22 nov 2018, Ottawa, ON au 8 déc 2018, Pine Island, FL)

Après 6 mois et demi de pause de blogue ainsi que de vie de bateau, nous sommes de retour. Notre plan initial était de retourner dans le sud après le temps des fêtes mais avec l’automne particulièrement froid à Ottawa, nous avons décidé de repartir plus tôt.

Donc, le 22 nov par un -27 incluant le facteur éolien et les narines qui collent, nous avons pris le chemin du sud. Au fur et à mesure que nous progressons vers la Floride, nous avons un malin plaisir à relever la température extérieure qui grimpe lentement mais sûrement!

À Richmond, Virginie, où nous nous arrêtons pour la nuit, nous trouvons un petit restaurant ouvert malgré Thanksgiving. Avec surprise nous nous retrouvons dans un resto afro-américain où de la cuisine maison est servie. Comme c’est jour de fête, la formule est un buffet et plusieurs membres de cette communauté sont présents. Les gens sont sympathiques. Cette atmosphère de fête nous donne un avant goût de ce qui nous attend aux Bahamas.

Nous arrivons le 24 novembre à la marina au nord de la Floride où nous avons laissé On y va.  Nos bons amis Guy et Guylaine de Entomo y sont, c’est très agréable de les revoir ainsi que Claude et Marie de la Toison d’or qui sont passés récupérer une voile.  Nous découvrons avec soulagement que On y va a bien passé l’été.  Aucune surprise à l’intérieur, le produit Home Zone a très bien fait son travail.  Pour l’extérieur, un bon nettoyage s’impose.   Après 10 journées intense à tout remettre à l’ordre et nous approvisionner, nous sommes enfin à l’eau.

Mais, oups, le capitaine a besoin d’attention médicale urgente, une petite bosse si négligée pourrait lui causer de sérieux problème.  Je vous rassure tout de suite tout est bien et le capitaine a reçu les soins nécessaires. Mais la ronde des assurances médicales voyage, ça ce n’est pas rien… c’est quelque chose!   À vous donner un problème de haute pression sanguine! Pour résumer, selon les assurances le cas doit être urgent et le traitement nécessaire doit être reçu à l’intérieur de quelques jours.  Si le spécialiste n’est pas disponible immédiatement on doit retourner au Canada… à nos frais!  Nous avons été chanceux d’avoir un rendez-vous avec le spécialiste très rapidement.

On est dans un monde médical différent ici. La première question posée par les cabinets de médecins et de savoir si nous avons une couverture d’assurance, et si oui laquelle. Mais revenons-en à nos assurances, elles nous ont été d’aucune aide pour dénicher un spécialiste et de plus tardait à nous retourner notre appel afin de nous prodiguer conseils concernant les prochaines étapes alors que dans notre contrat il y a une notion d’urgence. Morale de l’histoire, c’est rapide de signer un contrat mais quand vient le temps de nous donner le service auquel nous avons souscrit, c’est une autre histoire.

Mais tout ceci est derrière nous.  Hier matin, le samedi 8 décembre, nous avons enfin quitter la Marina de Green Cove Springs, qui en passant a été très accommodante de notre départ retardé.   Nous prévoyions arriver à West Palm Beach le 13 décembre et y attendre la fenêtre météo pour traverser aux Bahamas. L’ancre a été jetée vers 18h30 à Pine Island, la nuit venait de tomber.

L’amirale Elise

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De Ottawa à Ottawa

Du 16 août 2016 au 14 mai 2018

En résumé: DÉJA MON DERNIER BLOGUE! MERCI à tous ceux qui ont suivi mon aventure. Le jour 1 de mon départ, le 17 août 2016. Deux ans déjà que je gambade sur les eaux! Mon capitaine et son amiral m’ont finalement mise en cale sèche avant qu’ils ne reviennent me rejoindre l’hiver prochain. Ils m’ont bichonné et j’ai rajeuni de dix ans: je me suis fait vinaigrer,  anti-oxyder, cirer, huiler, frotter, laver, graisser, vider, remplir, protéger des rayons UV, gazer, dégeler, mettre sous vide, dé-saler, etc. Je pars donc me coucher comme un ours en Floride alors que je m’ « éténise » en attente de mon capitaine et de son amiral. Il est temps maintenant que je leur laisse la plume.

Comment résumer en quelques mots tout ce que nous avons vécu au cours des deux dernières années sur On y va? Il y a tant de souvenirs!

Il y a eu tout d’abord le bonheur de nos premiers jours à la retraite.  Ensuite, bien entendu, les préparatifs pour le grand départ, lesquels ont duré quelques mois. 

Il y a aussi toutes les nouvelles amitiés qui se sont nouées et toutes les nouvelles rencontres que nous avons fait au gré des vents; il y a eu des expériences de voile inoubliables;  les vents forts comme les vents doux;  les mers rugissantes comme les mers d’huile; les couchers de soleil; la lune et les étoiles; les quelques levées du soleil; les bonnes bouffes, les apéros et les bons vins; les amis de notre club nautique Trident qui sont venus nous rejoindre et partager notre vie de nomade; la pêche en apnée et à la ligne qui nous récompensèrent en langoustes, poissons et crustacées; les petites épiceries au milieu de nulle part où l’on s’affole comme un enfant dans un magasin de bonbons à la vue de bons légumes et de fruits; les spectacles à Broadway et la vue imprenable sur la Grosse Pomme.  Sans oublier tous nos coups de coeur le long de la côte Atlantique:  Annapolis, Cape Lookout, Oriental, Charleston, Carolina Beach et surtout St Augustine.    Bien entendu il y a eu les Bahamas avec ses eaux turquoise et cristallines qui se reflètent sur les barres de flèche et le radar, ses centaines d’îles, ses plages magnifiques, les Bahaméens et toute la communauté des plaisanciers du Nord.      

Il y a aussi les frousses et les périodes parfois plus difficiles: les vents plus forts que prévus et qui nous forcent à rentrer à bon port au milieu de la nuit;  les pluies diluviennes en attendant une fenêtre météo pour GeorgeTown; le requin qui nous fit sortir de l’eau subito presto; les coups de vent qui nous tiennent en alerte toute une nuit; les deux fois où On y va toucha le fond dans l’Intracoastal; et les jours de forts vents où l’on doit rester à l’ancre sans bouger.

Il y a aussi les parties de Scrabble où je gagne où laisse Elise gagner (je vérifie ici si elle lit bien ce que j’écris!); les petites douceurs de la nuit; la guitare qui est la seule autre présence féminine tolérée dans notre cabine; les soupers avec les amis avec qui les sujets de discussion ne manquent pas de tourner autour de nos rêves de voyages, les plans de navigation, la météo, le rangement du navire, la capacité des batteries et des sources d’énergies; les séries télé ou les films que l’on regarde parfois pour finir une soirée;  les prises d’angle avec le sextant pour jouer au navigateur; la musique qui agrémente nos journées; les « FaceTime » avec la famille et les amis; les recettes qu’il fait bon préparer.

Il y a les journaux du matin; les nouvelles sur « FaceBook »; la vaisselle,  le lavage, l’entretien; le diesel, l’eau, la bouffe et le vin qu’il faut aller chercher de temps à autre; l’électricité et les batteries dont il faut prendre soin; la vérification de la météo et les plans de navigation; et la préparation de ce blogue une fois la semaine.

Pas facile de résumer en peu de mots un mode de vie lent mais combien intense s’étalant sur deux ans!

Merci à vous tous qui avez au cours des deux dernières années suivi ce blogue de façon assidue ou épisodique. Nous allons maintenant mettre un terme à ce chapitre de notre vie avant que le prochain ne s’ouvre.

Nous vous souhaitons à tous et toutes de vivre lentement…..et intensément!

Un mot particulier à nos 10 petits enfants. Ce blogue a été écrit en particulier en pensant à vous. Quand vous aurez l’âge, vous pourrez tous à votre tour nous relire et savoir un peu mieux qui étaient vos grands-parents, voyager de cette manière un peu avec nous, apprendre un peu plus sur le monde qui vous entoure et, qui sait, ainsi vous donner aussi le goût de l’aventure.

Un gros bisou à tous, on rentre à la maison!

Elise et Ghislain

De Marsh Harbour à Titusville, Floride

Du 17 au 22 avril 2018

En résumé: Visite d’un bidonville. Grande traversée et retour en Floride. Début de préparation de On y va en vue de son « éténisage ».

Juste avant mon départ pour la Floride, Patrice et mon capitaine sont partis en direction d’un bidonville juste en marge de Marsh Harbour. Le lieu abrite une communauté haïtienne qui y a trouvé refuge il y a un certain temps.  Pour y pénétrer, nos comparses ont choisi de se diriger vers une église Adventiste du septième jour sur la rue principale (et derrière laquelle on peut entrevoir l’enclave haïtienne) afin d’y laisser des jus de fruit pour les enfants.  Le pasteur de cette église est venu les y rejoindre, un haïtien autrefois catholique qui s’est converti à cette religion une fois qu’il a connu « la vérité » (Les adventistes sont une excroissance de la religion baptiste. Ils prêchent que le monde fut créé  en 7 jours par Dieu et mettent l’emphase sur le retour imminent du Christ dans la gloire). Il a complété une maîtrise en théologie en Jamaïque et souhaite poursuivre sa formation au doctorat. Ce grand homme porte des souliers bien cirés, roule en Lexus, et agit dit-il à titre de leader spirituel et de leader tout court pour sa communauté. Il nous accueille chaleureusement et accepte de nous faire faire une visite du bidonville juste à l’arrière de son église.

Les lieux détonnent complètement avec le luxe des propriétés cossues de plusieurs millions de dollars sur les nombreuses îles aux environs de Marsh Harbour. Les conditions de vie sont ici celles du tiers monde: petites maisons raboutées tant bien que mal collées l’une sur l’autre et où on s’entasse; toits de tôle; petits chemins boueux et sinueux  entre les habitations.  La misère aime souvent s’abattre sur la misère: deux incendies ont récemment ravagé des pans entiers de cette enclave et l’on peut encore voir les restes calcinés de ces évènements. Selon certains, les raccordements électriques raboutés et surchargés pourraient être en cause. Après que des dons furent donnés à deux dames de sa congrégation (gloire à Dieu!, dit le pasteur) dont les maisons ont brûlé, le pasteur ré-accompagne nos comparses près de son église. Un petite incursion dans un monde parallèle aux plaisanciers de voile où l’espoir d’une vie meilleure, aux États-Unis ou encore mieux au ciel, est la seule consolation.

Toute bonne chose doit avoir une fin. Il faut que je revienne sur la Floride, où mon équipage désire me laisser durant l’été. Une fenêtre météo facile s’annonce.  Je pars de Treasure Cay pour me retrouver à Fox Town, tout au bout de l’île Great Abaco, avant de faire un long trajet de plus de 240 milles nautiques (mon plus long trajet jusqu’ici) sur une mer d’huile qui me fit traverser le Little Bahamas Bank, le courant du Golf Stream, le canal de Cap Canaveral, et enfin une partie de l’Intracoastal pour enfin trouver refuge pour une semaine à une marina à Titusville. Chemin faisant, mon équipage a jeté deux lignes à l’eau pour ne prendre qu’une demi douzaine de barracudas qu’ils ont dû rejeter à l’eau, ciguatera oblige!

Ici, à Titusville, mon équipage me refait une beauté. À coup de frottement à l’antioxidant, mon équipage arrive à décrotter tout le sel que j’ai accumulé durant la dernière année dans mon environnement salé. Je me retrouve peu à peu toute jolie, comme lors de mon départ.

 

Patrice PHarand (PH, dit-il à mon capitaine) repartira en début de semaine avec son copain Bertrand sur une WestPHallia (PH aussi dans ce cas) vers le Canada, après avoir donné un bon coup de main à mon équipage. Notre ami PHilosophe  (PH encore une fois) nous quitte pour un printemps qu’il espère radieux au Canada.

Signée par On y va
Le 22 avril 2018

Le délire et hommage de notre ami PHislosophe (PH encore une fois Karine):

Lettre ouverte à cette chère On y va et à son équipage

Oh! Quelle joie ce fut de te retrouver à nouveau dans ce paysage idyllique des Abacos.

Nos retrouvailles furent magiques une autre fois. Tu avais tout planifié et envoyé bébé On y va au quai avec l’amiral Elise et le capitaine Ghislain. L’apéro étant au frais dans tes entrailles, rien n’ayant été laissé au hasard.

Yes! Au fil des jours j’ai vu que tu avais du cœur au ventre et que le vent et toi êtes de vrais complices. Un peu comme Pénélope mon fabuleux Bénéteau 390, ma vrai maîtresse, tu fais partie de la catégorie des grands voiliers de ce monde.

Vents et marées ne te font pas peur. Ton équipage a été bien dompté et tu peux à tout moment compter sur eux pour que tes atours ne soient pas abîmés ni altérés au fil des saisons. Tu connais tous les recoins des Bahamas et tu fais profiter en grande complicité avec ton capitaine et ton amiral, à mon humble personne de ces fabuleux paysages et ces gens qui habitent ces lieux.

À la prochaine grande navigatrice! Un grand merci à Elise et Ghislain ce couple unique qu’il fait toujours bon de côtoyer. Je suis privilégié de les avoir comme amis, des gens d’une grande valeur tant intellectuelle qu’humaine.

 

 

De Hope Town à Marsh Harbour

Du 9 au 16 avril

En résumé: Ceci est probablement le dernier blogue avant le retour vers la Floride. Mon capitaine, avec l’aide de son ami Patrice, arrive à me positionner sur le globe avec son sextant. L’île Great Abaco dévoile un peu plus de ses secrets.

La fin du voyage arrive à grands pas. Il y a aura un longue et belle fenêtre météo débutant mardi prochain qui me permettra de faire le passage du « Whale Cut » au nord de Marsh Harbour et d’entamer mon départ vers la Floride, en direction vraisemblablement de Cape Canaveral, que je devrais atteindre si les conditions météo se maintiennent jeudi prochain.  Le plan de navigation inclura probablement un arrêt aux îlots Allans/Pensacola Cay ainsi qu’à Great Sale Cay, sur le grand banc des Bahamas, avant de faire la traversée vers la Floride. Mon capitaine vérifie les conditions météo plusieurs fois par jour pour s’assurer que ce plan tient toujours.

Parlant de mon capitaine, ce dernier, après plusieurs tentatives de lecture des angles de Vénus, Sirius et du soleil avec l’horizon marin, arrive maintenant à me positionner sur le globe avec une certaine précision avec son sextant. Cet instrument permet de mesurer l’angle que forme un astre avec l’horizon marin, ce qui permet de tracer  après certains calculs une courbe unique sur la surface terrestre grâce à des tableaux qui sont publiés depuis la fin du XVIII ième siècle par les Britanniques, l’Almanac nautique. Le degré de précision de la position calculée dépend entièrement de la qualité de la mesure prise de l’angle de l’astre par rapport à l’horizon marin. Un degré de plus ou de moins, et hop, on se retrouve à soixante milles nautiques de notre vraie position. Un écart d’une seconde (un soixantième d’une minute) équivaut à un mille nautique. Les meilleurs arrivent à se positionner au sextant à l’intérieur d’une fourchette de moins d’un mille nautique.  Quelques jours d’efforts furent nécessaires à mon capitaine pour apprendre à ajuster les miroirs du sextant, de revoir les formules qui permettent d’utiliser l’angle mesuré et les données de l’Almanac, et de créer un fichier Excel pour automatiser le tout.  Il y est presque puisque les dernière mesures sont à 1,5 milles nautiques de ma position exacte! Bon, un nouveau hobby pour occuper mon capitaine à la brunante!

Après s’être passé de voiture pendant presque trois mois, mon équipage décide de partir en randonnée avec Patrice sur l’île Great Abaco. Celle-ci fait bien une centaine de milles en tout. Une route de bonne qualité (sol de corail, pas de traffic, pas de camion lourd) permet de la parcourir sur toute sa longueur. Somme toute, hors de Marsh Harbour, de Treasure Cay, et de Coopers Town, l’île est pratiquement déserte.

Elle abrite toutefois une végétation tout à fait particulière qui s’est acclimatée aux feux de forêt, lesquels sont nombreux dans le climat semi-aride des Bahamas. La couche d’humus extrêmement mince au-dessus du calcaire corallien permet à deux types de végétation de pousser sur une bonne partie de l’île: de petits feuillages et arbustes au sol et des grands pins au tronc effilé. La végétation au sol est de manière périodique brûlée par les feux des forêts (mon équipage a pu en observer quelques-uns au cours des dernières semaines) alors que les grands pins, eux, survivent. En effet, l’écorce des grands pins, qui à l’évidence brunissent sous l’impact des feux, réussissent tout de même à protéger suffisamment la plupart des arbres pour que ces derniers puissent survivre. Tout en haut de leur tronc, quelques branches éparses préservées des flammes restent vertes et captent les rayons du soleil. Après un feu, les nutriments laissés au sol permettent à la végétation au sol de se restaurer pour un nouveau cycle.

Le petit tour en voiture de mes comparses leur aura permis d’observer pour la première fois deux bidonvilles, que l’on nomme ici « Shanty Town ».  Sans eau courante, avec de l’électricité trafiquée et des carcasses d’automobile un peu partout, ses lieux détonnent avec la richesse que l’on retrouve ailleurs. Ils abritent des communautés haïtiennes qui quittent la grande misère de leur pays avec l’espoir de trouver une plus petite misère ailleurs, ou une nouvelle citoyenneté pour leurs enfants nés dans le pays où ils se trouvent. Ces bidonvilles, nombreux au Bahamas, sont connus et même inventoriés par les autorités. L’immigration haïtienne, majoritairement sans passer par les canaux officiels, n’a pas été bien intégrée ici, contrairement au Canada. Il existe une disparité énorme entre les indicateurs de développement socio-économique entre les haïtiens d’origine et les autres bahaméens (https://facebookapp.monroecollege.edu/uploadedFiles/_Site_Assets/PDF/The%20stigma%20of%20being%20Haitian%20in%20The%20Bahamas.pdf).   Il s’agit d’un enjeu politique majeur au Bahamas et les solutions trumpiennes à cet enjeu réel semblent prendre ici du galon.  Aux Abacos où je me trouve, la communauté haïtienne représente environ 30% de la population selon les chiffres officiels (le pourcentage le plus élevé dans ce pays), mais elle semble vivre en marge de la société. Au Bahamas comme ailleurs, le monde du Nord cherche encore maladroitement une réponse rationnelle et compatissante qui concilie à la fois le droit des états à contrôler leurs frontières avec celui de familles bien réelles qui se sont incrustées avec leurs enfants dans un pays sans y être officiellement invitées.

Signée par On y va
le 15 avril 2018

De Great Guana Cay à Hope Town

Du 2 au 8 avril 2018

En résumé: Le soleil mur à mur s’est installé, alors que Patrice, un ami de mon équipage, est venu nous rejoindre en prévision de mon retour vers la Floride.  La fin de mon aventure de près de deux ans sur les mers de la côte est de l’Amérique du Nord approche à grand pas. Mais ce n’est pas encore terminé: je termine la semaine sur une bouée d’amarrage à Hope Town, un charmant petit village de Elbow Cay axé sur le tourisme où un grand phare construit initialement par les Britanniques continue de trôner depuis près de deux cents ans.

Ça y est! En ce début d’avril, les grandes dépressions du Nord ont enfin fini d’avoir leur emprise sur les conditions météo de la région. De beaux petits vents idéaux pour la voile (entre 10 et 20 noeuds) venant essentiellement de l’Est sont maintenant devenus ma routine quotidienne. Avec ma grande voile et mon foc, je file de 6 à 7 noeuds d’une petite île à l’autre dans les eaux tranquilles de la mer des Abacos, de petites randonnées de deux à trois heures.

Patrice, le capitaine de Pénélope, avec laquelle j’ai gambadé l’an dernier pendant presque un an, est venu rejoindre mon équipage à Marsh Harbour.  Il découvre à son tour les joies de la voile sur un Hunter sur les eaux turquoises et tranquilles de la mer des Abacos.

 

Une bonne partie de la semaine s’est déroulée à Hope Town, un petit village champêtre entièrement axé sur le tourisme et où l’on retrouve une baie considérée comme un « hurricane hole » tout à fait exceptionnel. Une soixantaine de bouées d’amarrage y sont pour la très grande majorité toujours occupées. Plusieurs plaisanciers y louent des bouées pour la saison entière, afin d’avoir un lieu complètement protégé où se cacher en cas de mauvais temps.  D’autres encore appellent leurs copains déjà présents sur les lieux et leur demandent de surveiller pour une bouée devenant libre et de placer une marque « reserved » sur celle-ci en prévision de leur venue le jour même. Résultat: il est extrêmement difficile d’y trouver une bouée qui soit disponible en ce lieu très prisé.

Il y a un autre enjeu. L’entrée du havre a très peu d’eau à la marée basse; on doit donc y passer à la marée montante, ce qui ne laisse qu’une courte fenêtre chaque jour pour venir vérifier s’il y a des bouées disponibles. Coup de chance! Après avoir vérifié toutes les bouées qui semblaient à première vue disponibles, mais qui après vérification, portaient la marque « reserved », un voilier nous indique qu’il est sur le point de partir et suggère à mon équipage d’attendre, ce qu’il fit. J’ai pu ainsi m’amarrer à la dernière bouée disponible à Hope Town pour trois jours complets.

Le phare de Hope Town, construit initialement par les Britanniques en 1864 domine la petite baie où je me trouve. Ce phare a été fait pour la durée: les murs à sa base, en briques et en ciment armé, doivent bien avoir presque huit pieds d’épaisseur. Même au sommet, les fenêtres sont incrustées dans des murs d’au moins deux pieds.  On peut facilement imaginer les tempêtes épouvantables qui sont passées ici au cours de sa longue histoire, mais le phare lui reste toujours fièrement debout. Ce phare est particulier car il est l’un des trois au monde encore actifs qui utilisent du kérosène pour illuminer son système optique. Cette vieille technologie sans électricité qui est utilisée depuis maintenant plus de 80 ans est encore efficace car la lumière projetée (environ 325 000 chandelles) est visible jusqu’à 15 milles nautiques à la ronde.

Hope Town, est bordée du côté de l’Atlantique par de magnifiques plages de sable de teinte rosée.  Les sargasses, des algues qui sont présentement un fléau aux Antilles, de même que les débris de toute sorte, n’ont pas envahi les plages comme à une multitude d’autres endroits des Bahamas.  Elbow Cay, le petit îlot où se trouve Hope Town, c’est aussi le domaine des voiturettes de golf et des petites rues étroites. Pour se louer une voiturette pour visiter l’île, il faut apparemment s’y prendre des mois à l’avance, et ce malgré le fait qu’il y ait 7 compagnies de location! Mais, on peut aussi facilement marcher dans les rues étroites. Quel bonheur de pouvoir vivre dans un lieu à dimension humaine où les voitures sont quasiment absentes.

Signée par On y va
Le 8 avril 2018

De Turtle Cay à Great Guana Cay

Du 26 mars au 1er avril 2018

En résumé: Ce n’est pas un poisson d’avril! Mon équipage devient de plus en plus compétent à la pêche à la langouste.  Six en tout au cours de la dernière semaine! Il faut dire qu’ils ont profité des judicieux conseils de pêcheurs expérimentés aux Abacos, Jacques et Nicole sur Oliver Plunkett, qui après plus d’une douzaine d’années à pêcher dans ses eaux, retournent sur leur terre. Mon équipage a dû aussi dire au revoir à leurs bons amis sur Entomo, lesquels sont retournés direction Floride en compagnie de Beach Magic et Feng Shui.

La pêche à la langouste sur la partie nord des Abacos est réputée, en raison des nombreux coraux qu’on y trouve et de l’isolement relatif des lieux. L’endroit privilégié est en pleine mer où se trouve l’un des plus grands récifs de corail au monde. Toutefois, il faut être prêt à composer avec les requins, lesquels pour la très grande majorité sont inoffensifs, si on les laisse tranquilles. Mon équipage est un peu craintif, car le risque n’est pas nul, et préfère ne pas s’aventurer trop loin en pleine mer, même si la pêche y est plus productive.

On retrouve par contre sur la mer Abaco en des eaux moins profondes (et où on ne retrouve pratiquement pas de requins) des têtes de corail ou des crevasses ici et là. Mais, évidemment, c’est un secret bien gardé! Il faudrait plusieurs années d’exploration pour les découvrir toutes. Heureusement, mon équipage s’est lié d’amitié avec l’équipage d’Oliver Plunkett, lequel a généreusement partagé leurs secrets bien gardés avant de repartir pour le Canada.

Voici quelques petits brides d’information sur la pêche à la langouste au harpon  que mon équipage a pu glaner au cours des deux dernières années, en parlant à des pêcheurs plus expérimentés et sur la base de leur propre expérience:

  • notre capacité à plonger en apnée s’améliore au cours d’une saison. Plus vous plongerez, plus faciles seront vos sorties. Si vous êtes en forme, vous arriverez à plonger dans des eaux de douze à quinze pieds de profondeur. Les meilleurs (exceptionnels et plus jeunes) arrivent même à descendre à une quarantaine de pieds en apnée;
  • les langoustes se cachent généralement sous les crevasses et trous tout au fond de l’eau sous les coraux ou les massifs rocheux. On les retrouve aussi parfois plus haut dans une crevasse sur une tête de corail;
  • vous n’êtes pas obligés de compléter les étapes de la prise d’une langouste en un seul trait. On peut dans un premier temps repérer les langoustes et remonter à la surface. Dans un deuxième temps, on redescend et tente de piquer la langouste. Lorsqu’elle est piquée, on peut même laisser son harpon au fond et aller reprendre son souffle, avant d’y retourner et  remonter la langouste à la surface. Il est possible évidemment de compléter les trois étapes en un seul trait, mais pour cela, il faut beaucoup de chance et de souffle! La plupart des plongeurs explore les lieu dans un premier temps avant d’aller piquer et ressortir la langouste qu’ils ont repérée en un deuxième temps;
  • lorsque l’on pêche dans des lieux peu profonds, il faut tout de même que l’endroit où pourrait se cacher une langouste soit recouvert d’eau à marée basse;
  • si on pêche près d’un « cut », il vaut mieux y aller à l’étale, car les courants forts vont exiger de vous de grands efforts juste pour vous maintenir en place;
  • on aperçoit souvent les antennes des langoustes qui se pointent hors de leur cachette, mais pas toujours. Il faut plonger la tête à l’envers et regarder dans ces crevasses pour être certain qu’il ne s’y cache pas une ou plusieurs langoustes.  Les lieux propices aux langoustes abritent généralement plus d’une langouste. Il faut prendre le temps de bien regarder car les eaux peuvent être sombres ou brouillés!;
  • le champ visuel des langouste est extrêmement limité. On peut pratiquement placer la pointe du harpon près d’elle (avant de le déclencher) sans que celles-ci ne s’en inquiètent;
  • les langoustes sont curieuses. Si on touche doucement leurs antennes ou on bouge délicatement le sable en face de leur cachette, il se peut qu’elles s’aventurent un peu plus hors de leur abri;
  • si on manque son coup plusieurs fois au harpon, les langoustes deviennent très craintives et se terrent tout au fond de leur cachette. En désespoir, elles peuvent tenter une fuite par une autre sortie. Il est alors bon d’avoir deux plongeurs de part et d’autre d’une tête de corail pour s’assurer de l’embusquer;
  • les pointes à trois brins (lesquelles se vissent sur la pointe du harpon) semblent plus efficaces pour piquer la langouste, car on multiplie ainsi les chances de piquer la bête. Un costume de plongée est essentiel si l’on veut rester dans l’eau une ou deux heures sans être incommodé par le froid. L’ajustement des poids à la ceinture demande un certain temps, car si on en met trop, on doit constamment travailler pour se maintenir à la surface, et si on en met trop peu, on a de la difficulté à descendre au fond et s’y maintenir. De très longues palmes facilitent la descente, l’exploration et la remontée, car elles sont plus efficaces (et évidemment plus chers!);
  • pour extraire la queue d’une langouste (la partie comestible), on prend des gants (sa carapace est couverte de petites pointes piquantes!), on saisit le corps et la queue simultanément que l’on fait tourner dans des directions contraires sur 180 degrés. De cette façon, on extrait le maximum de chair. On conserve aussi l’une des antennes que l’on insère dans le « péteux » de la langouste et que l’on retire par la suite pour en extraire l’intestin;
  • la pêche à la langouste se termine le 31 mars (hier!), afin de permettre au stock de se reproduire.

Voilà! Vous savez tous les secrets de mon équipage, ou presque. Les lieux où se trouvent les petites bêtes sont en effet un secret bien gardé qui se transmet seulement entre amis les plus chers ou en échange d’un bon vin blanc!

Parlant d’amis les plus chers, mon équipage a fait ses au revoir à l’équipage d’Entomo. Ces derniers remonteront vers la Floride en compagnie de Beach Magic et Feng Shui en passant par Pensacola, Great Sale Cay et finalement West End.  Il en est de même pour Oliver Plunkett.  Ils auront une belle fenêtre météo pour se faire, car on annonce des vents du sud-est de dix à quinze noeuds pour profiter du Gulf Stream et traverser vers la Floride.

Signée par On y va
Le 1 avril 2018

 

De Guana Cay à Turtle Cay

Du 19 au 25 mars 2018

En résumé: Après que mon équipage eut pris deux autres langoustes au harpon,  je me suis cachée une autre fois à l’abri dans la baie de Marsh Harbour au début de la semaine afin de me protéger d’un autre front froid qui passait. J’accompagne maintenant pour un temps Entomo, Feng Shui et Beach Magic, lesquels commencent à se positionner plus au nord dans la mer des Abacos en attente d’une fenêtre météo favorable pour repartir vers la Floride.  Quant à moi ma traversée est prévue dans quatre semaines.

Après plus d’une demi-heure à plonger et à replonger, mon équipage a pu finalement attraper la deuxième des deux langoustes qu’Elise avait repérée, bien enfouie sous une tête de corail, pas très loin du mouillage où je me trouvais entre Treasure Cay et Marsh Harbour. Il aura fallu le travail incessant de deux plongeurs pour inciter cette dernière, à bout de patience, à tenter une poudre d’escampette désespérée à coup de battements de queue rapides. Mal lui en prit car mon capitaine pu stopper temporairement sa progression avec son harpon, avant de lui donner le coup final avec celui d’Elise. Un autre très bon souper pour mon équipage.

La recette de langoustes du chef Elise: couper les queues des langoustes sur la longueur en deux sections égales tout en conservant la chair dans les carapaces; badigeonner la chair d’un mélange d’huile d’olive, de jus de lime et d’ail; déposer les morceaux sur leur carapace dans le BBQ et faite cuire le tout par votre capitaine à feu doux pour environ 5 minutes (en prenant soin de mettre un morceau d’aluminium sous les carapaces). Délicieux!

Le Nième front froid de la saison m’obligea à chercher refuge dans la grande baie de Marsh Harbour au milieu de la semaine. Même scénario que la dernière fois, mais avec des pointes moins prononcées: vent du sud-ouest virant au nord; pointes plus prononcées lors des pluies, ancre qui tient bon sur un fond offrant une bonne portance.

Les équipages d’Entomo, Feng Shui et Beach Magic préparent activement leur retour vers la Floride. Mon équipage a décidé de les accompagner pour un temps afin d’explorer une section nouvelle de la mer des Abacos, celle au nord de la « Whale Cut ».  Le « Whale Cut » est un court passage obligé en mer permettant de passer de la section sud de la mer des Abacos vers la section nord.  Il s’agit en fait de deux passages d’un bord et l’autre du « Whale Cay ». Le premier, au sud, est relativement facile car il est profond et protégé par un récif de corail qui brise la houle de la mer. Le second passage, au nord,  est complètement ouvert sur la mer et a une section peu profonde (d’une quinzaine de pieds) sur laquelle la houle de la mer peut créer des conditions dangeureuses; lire des déferlantes.  On recommande fortement de ne pas la traverser à moins que les conditions ne soient propices.

Ma traversée de ce passage fut houleuse mais non dangereuse, alors que les vents venaient du nord et nord-est avec des pointes d’une quinzaine de noeuds. J’ai rencontré des situations plus difficiles ailleurs mais je vais me méfier quand même de ce passage qui a une très mauvaise réputation.

La section nord de la mer des Abacos est beaucoup moins développée que la section sud. Green Turtle Cay qui fait trois milles sur un demi mille et où je me trouve au moment d’écrire ses lignes, est le dernier îlot relativement développé direction nord. Plus avant, les ilots sont plus espacés et la plupart sont inhabités.  Green Turtle Cay, qui compte près de 450 habitants, a une longue histoire; il fut colonisé par des Loyalistes américains vers la fin du XIXième siècle.  On y retrouve le village de New Plymouth, lequel arbore fièrement son passé loyaliste: un parc commémore avec des bustes de bronze le travail de ses pionniers; on y compte quatre églises protestantes; les maisons de bois avec petite porte et au toit à forte pente sont omniprésentes. On y retrouve tous les services et plusieurs y arrêtent pour faire les derniers préparatifs en direction de la Floride.

Mon équipage compte repartir aujourd’hui à la pêche à la langouste qui est en passant déjà au menu du souper (faut être optimiste).  Ils hésitent entre une escale à Nunjack ou Pensacola. Je vous en donne des nouvelles la semaine prochaine.

Les délires de mon capitaine:

Hommage à Nelligan
Ah ! comme le vent a venté
Mon hublot est de sel et je suis ivre
Ah ! comme le vent a venté
Qu’est-ce que le zèle de vivre
Ah !  le bonheur que j’ai, que j’ai.

Toutes les mers sont enchevelées,
Mon âme est blancharde mais  je vis,  je vais !
Tous mes espoirs se sont réalisés
Je suis la nouvelle Polynésie
Où les blonds ciels s’en sont allés.

Riez, oiseaux de février,
Au sublime frisson des choses,
Riez, oiseaux de février,
Riez mes rires, riez mes roses,
Aux branches du bananier.

Ah ! comme le vent a venté
Mon hublot est de sel et je suis ivre
Ah ! comme le vent a venté
Qu’est-ce que le zèle de vivre
Ah ! le bonheur que j’ai, que j’ai.

Signée par On y va
Le 25 mars 2018